L'immigration
économique chinoise en France continue sa progression
avec l'activation de nouvelles filières en provenance
du Nord-est de la Chine. Le nombre de nouveaux arrivants
en provenance des régions du Sud-Est et du Nord-Est
de la Chine ne fait que croître avec la fermeture
des usines du Nord de la Chine, et des zones de pauvreté
qui échappent à la l'étonnante croissance
de la Chine (9 à 10 % au 4 ème trimestre 2004) et de certaines
provinces chinoises en "plein essor économique".
Les
nouveaux migrants chinois arrivent en France avec des
visas de tourisme, d'étudiant, et des visas d'autres
pays européens. Les flux clandestins continuent
par l'intermédiaire des passeurs utilisant de nouvelles
filières. Certains chinois demandent directement
leur asile politique dès leur arrivée en
France ou à la fin de la validité de leur
visa. D'autres chinois plus démunis intègrent
aussitôt -pour rembourser leurs dettes- les communautés
existantes dans des familles d'accueil ou dans des ateliers
clandestins. Les emplois peu valorisants sont divers et
sous rémunérés ; Plongeur dans les
restaurants, ateliers de couture, emploi de nourrice,
de femme de ménage, prostitution.
Ces nouveaux migrants économiques ne viennent plus
uniquement des régions traditionnelles côtières
du Sud-Est de la Chine, mais également des provinces
du Nord-Est, du fait des restructurations économiques
en Chine et de la fermeture des usines non rentables.
Munis de visas de tourisme, d'étudiant, possédant
des domiciliations à Paris chez des particuliers
ou dans des associations, des nouvelles filières
migratoires se mettent en place en Europe de l'Est.
Les tentatives d'immigration clandestines des zones rurales
du Sud (Guangdong - Zhejiang et Fujian) et du Nord-Est
(Jiling - Liaoning - Heilongjiang - Hebei) de la Chine
se développent de plus en plus en Europe et en
France. De son côté, l'immigration Wenzhou
ne ralentit pas et elle a recours a de nouvelles filières.
Originaires de Zhejiang, ces derniers représentent
encore 60 à 65 % des nouveaux arrivants dans le
quartier de Belleville à Paris. Les demandeurs
sont souvent jeunes. Mais parmi les migrants du Nord et
du Nord-Est, il n'est pas rare de voir arriver des techniciens
ou des cadres plus âgés, issus des entreprises
en restructuration ou qui ferment.
Les visas étant difficiles à obtenir en
Chine, plusieurs trajectoires transitent notamment par
l'Europe de l'Est et la Turquie. Les réseaux de
passeurs sont présents en Asie, en Russie et en
Europe de l'Est (Pologne, Bulgarie, ex-Yougoslavie). Attendant
parfois plusieurs semaines leur passage pour l'Allemagne,
les Pays Bas, l'Angleterre, la Belgique, la France, l'Espagne,
l'Italie, où les Etats-Unis, munis de faux papiers
ou de documents qui leurs sont délivrés
en cours de route (visa polonais en Russie ou visa serbe
par exemple), les trajets des clandestins, avec de multiples
circuits et filières en Europe, peuvent durer de
quelques jours à quatre mois. Ils utilisent diverses
stratégies et différents moyens de transport
(avion, train, camion, bus, trajets à pied) selon
les occasions et les choix des passeurs.
D'autres migrants chinois arrivent par exemple directement
à l'aéroport français de Roissy Charles
de Gaulle, avec des billets délivrés par
des agences de voyage ou grâce à la complicité
des passeurs en Chine. Accueillis à Paris par des
petits groupes qui les aident à s'établir
dans des communautés chinoises bien implantées
en France (Wenzhou et Téochew), les nouveaux migrants
acceptent des travaux modestes dans des ateliers clandestins
chinois ou turcs ainsi que dans le Sentier. Il s'agit
d'une main-d'uvre peu regardante et bon marché,
y compris pour les femmes, recrutées au départ
souvent comme nourrices ou femmes de ménage. On
constate depuis peu également de nouveaux réseaux
de prostitution à Paris peu visibles jusqu'alors
dans la capitale ; Secteurs de Denfert-Rochereau, Strasbourg
Saint-Denis, Gare de l'Est, Place de la République,
devant ou à l'intérieur du magasin TATI.
Dr
Pierre Picquart
|